La villa Lamartine - GRAND-LEEZ

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Personnalités

J.M. DEFENSE

GRAND-LEEZ
 Les belles demeures

La villa LAMARTINE


Villa Lamartine - Photo J.M. DEFENSE

INTRODUCTION
 
Il existe, au n° 20 de la rue du Moulin à Vent à Grand-Leez, une belle maison connue sous le nom de « Villa Lamartine ». La tradition de baptiser une maison d’un nom poétique, amusant ou farfelu est une tradition ou une habitude que l’on retrouve surtout dans les lieux de villégiature, comme sur notre littoral ou dans la vallée de la Meuse. C’est beaucoup plus rare dans nos campagnes. Il s’agit le plus souvent de biens de prestige érigés par des notables locaux. La villa Lamartine à Grand-Leez en fait partie.


Croquis cadastral

Description :
Comme on peut le voir sur le plan ci-dessus, le bâtiment développe une façade totale  de 21 mètres dont 13 mètres pour le bâtiment principal sur une profondeur de 9,20 m. Il est flanqué de part et d’autre de deux annexes d’une largeur de 4 mètres et de 6,40 m de profondeur. La superficie habitable s’élève ainsi à 240 m2 !

Une bâtisse datant de près de 150 ans !
Cette magnifique demeure qui ne compte pas moins de onze pièces fut construite en 1868 (déclaration du bourgmestre MATHOT au Cadastre).
Il s’agit d’une bâtisse en briques et pierres bleues, précédée d’un jardinet, présentant un double corps de deux niveaux, divisé par trois travées, avec des fenêtres à linteau droit et une haute porte à deux battants surmontée d’une imposte, encadrement et seuil en pierre. Postérieurement à sa construction, les façades ont reçu un enduit blanc et les baies sont soulignées par des encadrements. A l’arrière, un auvent vitré protège un perron terminé par six marches.
A rue, un muret en briques couvert d’une pierre de taille est surmonté d’une grille en fer forgé. Le bâtiment est intelligemment surélevé de 7 marches par rapport à la rue, permettant la réalisation de caves hautes et évitant ainsi les problèmes liés à la présence d’eau dans le sous-sol à Grand-Leez.
Le plan intérieur est classique : un hall central avec l’escalier et de part et d’autre, chaque fois deux pièces.
Un vaste jardin s’étendait à l’arrière du bâtiment. Il fut particulièrement soigné par le jardinier Armand Raison. Son fils Roland Raison [1] se souvient : « du jardin potager divisé en six parcelles délimitées par des sentiers bordés de buis taillés, d’un bosquet clos de haies vives avec deux petits abris en bois, d’un superbe marronnier juché sur une butte,  d’un grand et généreux noyer, de frênes, hêtres, bouleaux, épicéas, platane, d’un néflier, d’une glycine et des arbustes d’ornements signalés par de petits écriteaux en métal,  d’une pergola naturelle faite de deux ifs dont les têtes se rejoignent. Mais son souvenir se fait plus précis encore quand il parle des arbres fruitiers : pruniers, cerisier Bigarreau blanc et surtout de  nombreuses variétés de poiriers, Louise Bonne d’Avranches, Beurré Hardy, Conférence, Doyenné du Comice, Président et Bon Chrétien Williams ».
Les occupants disposaient d’une citerne à eau de pluie. R. Raison nous écrit encore : « Dans l’annexe de droite, à laquelle on avait accès par une lourde porte, il y avait une solide pompe à bras en fonte, déversant l’eau dans un grand évier en pierre. Dans le coin opposé se trouvait le four métallique englobé dans la maçonnerie ».

Les constructeurs : Les SEVERIN-PHILIPPART

La maison a été construite par Amélie (Amélie Victoire Josèphe Philomène) PHILIPPART née à Corbais  le 12 août 1837 et son mari Charles Jh SEVERIN [2] , receveur communal, né à Grand-Leez, le 18 août 1838. Amélie avait reçu le terrain de son père François PHILIPPART [3] ,  domicilié à Corbais, par acte du notaire DELATHUY à Gembloux, en date du  5 décembre 1865.

Les époux Sevrin-Philippart eurent deux enfants :
1. Louis Charles Jh SEVERIN né à  Grand-Leez le  17 août 1871, y décédé jeune, célibataire, à l’âge de 22 ans, le 27 juin 1893 ;
2. Amélie Charlotte SEVERIN née à Grand-Leez le  22 juillet 1873 y décédée, célibataire également, à l’âge de 35 ans, le 31 juillet1908.

Charles SEVERIN est décédé à Grand-Leez,  le 20 avril 1894, peu de temps après son fils Louis.

Extrait du journal "Le Courrier de l'Orneau" du 29-04-1894


Ayant perdu en peu de temps, son fils et son mari, Amélie PHILIPPART se retira à Mont-St-Guibert avec sa fille. Le 27 juin 1895, (Acte du notaire DE LATHUY à Gembloux), elle vendit la propriété à Xavier DEBOUGE-SNELL, publiciste, officier de l’Instruction publique, demeurant à Ixelles rue Van den Broeck, n° 43.
Ayant hérité de sa tante Hortense PHILIPPART, Amélie revint s’établir à Grand-Leez, juste derrière l’église, dans cette imposante demeure qui  aujourd’hui porte le n° 6, rue de la place.
Amélie PHILIPPART est décédée, veuve, à Grand-Leez le 19 mars 1917. Elle avait rédigé son testament devant le notaire BRUYR à Gembloux, peu de temps avant son décès, le 5 février 1917. Elle y instituait Mr Jules ZOUDE, propriétaire à Grand-Leez, son légataire universel.

Les époux DEBOUGE-SNELL
Xavier Joseph Gillain DEBOUGE, né à Grand-Leez le 16 juin 1827, était l’avant-dernier des 11 enfants de Jean Georges DEBOUGE, facteur des postes et de son épouse de Marie Françoise LOZE.
Bien qu’issu d’une famille nombreuse, Xavier Debouge pu faire des études d’instituteur. Il trouve un poste à Bruxelles. C’est là qu’il rencontre une institutrice, Hortense Adèle Julie GROSS, qu’il épouse le 1er juin 1853.
Ensuite, il se spécialise dans l’enseignement des langues. Il édite des journaux linguistiques et des livres pour apprendre l’anglais et l’allemand seul, sans l’aide d’un professeur, grâce à une méthode qu’il avait mise au point.
Il quitte la Belgique pour le Royaume-Uni. Il s’installe successivement à Londres, Edinbourg et Glasgow où il est professeur au Belgravia College, un établissement d’enseignement pour jeunes filles.
Divorcé d’Hortence Gross, Xavier Debouge épouse en secondes noces en décembre 1865, à Londres (Kensington), Marie SNELL, petite dernière d’une importante famille londonienne.
Il revient sur le continent, pas en Belgique, mais en France, à Asnières, dans la banlieue parisienne. Il améliore sa méthode et développe ses activités d’éditeur avec des bureaux à Paris.
Retiré des affaires, il rentre en Belgique, à Ixelles d’abord, avant d’avoir l’opportunité d’acheter la villa Lamartine.
Les époux DEBOUGE-SNELL  ne gardent pas longtemps cette propriété, puisque le 22 août 1897 (toujours chez le notaire De Lathuy),  ils la revendent à Anna PARYS, rentière, domiciliée rue Ducale 27 à Bruxelles.
Xavier Debouge est décédé à Grand-Leez,  le 23 novembre 1897.  Marie Snell est décédée à Ixelles, peu de temps après son mari,  le 26 novembre 1898,  à l’âge de 58 ans seulement. Ils reposent dans le cimetière d’Ixelles.

Qui était Anna PARYS ?
Anna (Hubertine Désirée Anna) PARYS, est née à Anvers, le 9 novembre 1874. Elle est la fille unique de Léonard Fidèle Parys, natif de Beveren et d’Anne Thérèse Dewez, originaire de Namur. Lauréate du Conservatoire de Bruxelles à 16 ans, « montée » à Paris (L’Odéon-Le Grand Théâtre) revient à Bruxelles, au théâtre du Parc, où elle tient les jeunes premiers rôles de 1893 à 1897.
Elle remonte sur les planches (toujours au théâtre du Parc) pour deux saisons (1924-1925 et 1925-1926).
De 1926 à 1940, elle enseigne la déclamation française et l’art dramatique aux conservatoires de Gand et d’Ostende. Elle se retire à Marche-les-Dames pour une longue et paisible retraite. Elle revient à Grand-Leez pour y mourir au home Notre-Dame, le 4 mai 1969. Elle repose au cimetière de Wartet à Marche-les-Dames.
Anna Parys avait épousé à Bruxelles, le 4 mai 1898,  un diplomate roumain, Georges Bengesco, de 25 ans son aîné. Ce dernier était veuf de Zoé Cretzulesco, décédée à Bruxelles, le 10 avril 1895, âgée de 47 ans seulement.
G. Bengesco était diplomate mais également homme de lettres, historien, publiciste, auteur de nombreux ouvrages publiés en roumain et en français. Il est connu dans le monde littéraire français en tant que spécialiste de Voltaire (études, bibliographies, éditions).

Leur séjour à Grand-Leez
Au début, ils s’attachent à embellir la maison dans le style Art Nouveau,  en vogue à cette époque.


Mascaron (Détail)- Photo Roland RAISON

Détail remarquable, des mascarons [4] ont été apposés sur chaque linteau des cinq fenêtres de la façade. Ce pourrait être une représentation de Bacchus avec deux sarments de vigne terminés par un bourgeon.  Les moustaches nous font penser à celles de G. Bengesco et il n’est pas impossible que l’artiste se soit inspiré du personnage pour réaliser ces ornementations.
C’est en  1899, qu’une remise à voiture est ajoutée à front de rue, le long de la limite sud de la propriété. Elle sert aujourd’hui de garage.
Plusieurs témoignages confirment la présence à cette époque de volets avec vitres ! Vitres qui furent peintes par la suite. Ces volets ont disparu aujourd’hui.

Remise à voiture construite en 1899 - Photo J.M. DEFENSE

C’est plus que probablement Georges BENGESCO, qui baptisa la maison « Villa Lamartine », en l’honneur du grand poète, à qui il avait consacré son mémoire de licence. Peut-être  était-il passé par Milly, lors d’un voyage à Uriage en 1891, ou simplement, avait-il vu une gravure de la maison natale de Lamartine et il ne pouvait que constater l’incroyable ressemblance des deux immeubles !

Grand-Leez – Villa Lamartine (Carte postale)

Maison natale de Lamartine à Milly

De plus, Lamartine avait accepté, déjà avant 1848, la présidence de la société des étudiants « moldo-valaques ».
Dès 1900, Georges Bengesco reprend ses fonctions de diplomate et Anna l’accompagne notamment à Constantinople. La maison est gardée par la mère d’Anna.
En 1908, G. Bengesco quitte définitivement la fonction diplomatique. Anna et lui peuvent désormais goûter aux joies de la vie à la campagne.
C’est à Grand-Leez, qu’il rédige la généalogie de ses ancêtres maternels, les Golesco.

La guerre 14-18

Malheureusement, la première guerre mondiale va mettre les occupants de la villa à rude épreuve.
D’abord, G. Bengesco est ruiné par la faillite de la banque Mormorosch où il avait placé ses économies. Ensuite, il ne perçoit plus sa pension.
Anna est obligée d’hypothéquer par deux fois la maison.
La fin de la guerre va précipiter leur départ.
Georges Bengesco se voit reprocher l’attitude de la Roumanie au cours de ce conflit. Le pays a, en effet, tardé à se ranger du côté des alliés.
Il est très probable que la maison ait subi un pillage !
A Grand-Leez, il reste encore quelques traces des époux Bengesco, nous écrit Philippe Josis.
La famille Montfort (voisins de la Marache) conserve un livre de lois internationales (roumain mais en français) avec un ex-libris de G Bengescu; il a probablement été sauvé du pillage de sa bibliothèque. Une belle boîte de secours en bois a également été préservée. Elle contient encore huit fioles de divers produits médicamenteux : antipyrine, teinture d'arnica, comprimés de sublimé, extrait de saturne, laudanum de Sydenham, comprimés de chlorate de potasse, ammoniaque liquide, vaseline boriquée et une petite boîte avec une seringue !


Boîte de secours et livre de lois ayant appartenu à G. Bengesco
Photo Philippe JOSIS

Jean Claude  Dujardin possède leur livret de mariage. Sa marraine aurait travaillé chez les Bengesco à l'époque.
Que devient le couple après ? On sait qu’il quitte définitivement le village pour Bruxelles en 1921. Georges Bengesco et son épouse se sont sans doute réfugiés à Schaerbeek, où ils avaient une seconde résidence.
A la fin de sa vie, G. Bengesco est retourné dans son pays natal. Anna l’y a suivi.  Ils sont hébergés chez sa fille Alexandrina dans la villa GRANT à Campulung. C’est là que Georges Bengesco décède le 22 août 1922.

Les DEVROYE
      
Louis Joseph DEVROYE, fermier à Liroux (Sauvenière) né à Sauvenière le 15 avril 1861,  rachète l'immeuble à Anna Parys, le 14 février 1920 (Acte du notaire Debouche à Gembloux) pour la somme de 22.000 francs. Le bien est ainsi décrit : « une maison de campagne, remise, cour, jardin, bosquet et autres dépendances en un ensemble sis à Grand-Lez au lieu-dit La Vacherie section C, n°s 127Q et 127R d’une contenance de 29a 10ca joignant Philippart, la route, Casin et Baquet ».


Signature de L. Devroye au bas de l’acte du 15 janvier 1920

L’acte est passé en la demeure de la venderesse en présence de Louis Montfort et de Victor Tournay, témoins.
Elle signe curieusement  « Anna G. BENGESCO » !
On notera que la signature de G. Bengesco est mal assurée, probablement parce qu’il était déjà malade.


Signatures des époux BENGESCO au bas de l’acte du 15 janvier 1920

Louis DEVROYE  est décédé à Grand-Leez le 3 février 1931. Par testament olographe en date du 25 mars 1916, déposé chez le notaire Debouche, il avait institué légataires universels Félix et Céline DEVROYE.
Félix DEVROYE est décédé à Nivelles le 26 février 1931. Dans son testament dicté au notaire Charles Alexandre Debouche, le 19 octobre 1907, il instituait pour sa légataire universelle, Céline (Hermance Céline) Devroye née à Sauvenière le 5 septembre 1863  épouse de Louis TROUSSART.
A l’occasion d’une vente publique organisée par le notaire Debouche, le 4 juin 1931, au café de Jules Draye, à Grand-Leez, Céline DEVROYE qui a déménagé  rue Roblet,  à Nivelles, cède la propriété aux époux RAISON-CLOOTS.
Le bien est ainsi décrit dans l’acte :
« Commune de Grand-Leez : Une maison avec avant-cour et grillage, garage, remise à charbon et jardin arboré d’arbres fruitiers en plein rapport d’un ensemble sis à Grand-Leez au lieu-dit La Vacherie cadastrée section B n° s 127 Q et 127 R pour une contenance de 29a 10ca joignant le pavé du village, Baquet, Casin, Derouck et Philippart ». Le bien a été adjugé moyennant le prix principal de 69.000 francs.


Affiche de la vente publique du jeudi 4 juin 1931

Les RAISON
Herman Ghislain -dit Armand- RAISON,  jardinier  né à Malèves-Ste-Marie-Wastinnes le  31 mai 1896 et son épouse Eugénie Rosine Ghislaine CLOOTS, ménagère née à Marilles le 17 septembre 1905, demeuraient au moment de la vente,  chaussée de Charleroi à Thorembais-les-Béguines.


Les époux Raison-Cloots

 
Le 15 juin 1931, un certificat est délivré à H. RAISON, ouvrier jardinier,  (qui a un enfant à charge) par le Comité de patronage des habitations ouvrières et des institutions de prévoyance de Wavre, Jodoigne et Perwez attestant que : «  l’immeuble acheté constitue une habitation à bon marché et que la qualité de personne peu aisée peut-être attribuée à l’intéressé ». Cette attestation lui permet de bénéficier de droits d’enregistrement réduits. Il doit occuper le bien pendant 18 mois à compter de la date de l’acte et ne peut affecter la maison en tout ou partie à un débit de boisson.

Signature de A. Raison au bas de l’acte du 4 juin 1931

 
 
Armand RAISON est décédé le 25 décembre 1961 et Eugénie CLOOTS le 16 mai 1996. Ils reposent dans le cimetière de Grand-Leez.
Ils eurent deux enfants :
1.     Nicole Maria  épouse de Jean Marie HENRIET ;
2.     Roland Jules époux de Nelly SERON.
C’est Nicole qui a repris la maison et qui l’occupe encore aujourd’hui, avec son mari.

 
La villa Lamartine à l’épreuve de guerre 40-45 (d’après les notes de R. RAISON)
 
Dimanche 12 mai :
Bombes et obus pleuvent. Terrés dans les caves, la gorge nouée par la peur, tous attendent la suite. Après avoir émis des sifflements lugubres, des bombes éclatent à proximité, dans un vacarme assourdissant.
Le calme renaît. Les aînés se hasardent à sortir. Un char français a traversé la haie vive encadrant la petite chapelle érigée dans le pré voisin (N.B. il s’agit de la chapelle N-D des champs) et plusieurs petits cratères dus aux engins tombés non loin sont visibles. Face à l'acharnement de la défense des positions françaises, les forces ennemies se sont, sans doute, stratégiquement et provisoirement repliées. Le lundi l'accalmie se poursuit. Quelques camions français fortement endommagés gisent sous les arbres. Insouciant du danger, je me hasarde à les visiter et ramène à la maison des tablettes contenant des pastilles javellisées.
Le mardi 14 mai, après avoir pesé le pour et le contre, les Raison et trois autres familles décident d’évacuer vers la France. Ils entassent matelas, couvertures, et tout ce qu’ils croient nécessaires,  dans deux remorques bâchées tractées par de robustes brabançons.
Ce n’est qu’au début du mois d'août que les deux équipages rentrent au pays, sains et saufs. La demeure familiale est toujours debout, sauf qu'elle porte quelques stigmates des évènements. Les environs sont truffés de multiples excavations formées suite à la chute d'une cinquantaine d'obus. Dans le bosquet, le sentier court toujours, le long des haies vives, tandis que l'autre, dessine encore son cœur. Au pied des arbustes, les petits piquets métalliques supportant les plaquettes de zinc gravées ont, pour la plupart, disparu. Parmi les herbes folles, je retrouve des dizaines de cartouches, deux masques à gaz et  un fusil Lebel, crosse brisée. Sur la table bancale, de l'un des abris de jardin, une carte toilée de Belgique, a été oubliée, ainsi qu’une longue vue. Avant la fuite en France, tout était net, mais après trois mois d’absence, tout a bien changé et les mauvaises herbes ont envahi le jardin. Les clôtures ont été abîmées. Des chars français immobilisés par les tirs allemands ont été abandonnés aux confins du village.
En 1944, un officier allemand s’installe à la villa Lamartine. Une chambre est réquisitionnée. Dans sa voiture de fonction, couleur lie de vin (une BMW), il avait emporté un poste de radio, qu’il plaça sur une commode.
Chaque jour, il quittait la maison en voiture, pour ne rentrer que le soir. Son ordonnance,  ne souhaite qu'une chose, que la guerre finisse au  plus tôt. Parfois, il apportait un peu de beurre, du pain blanc, de la confiture et une fois, du lait.
Leur présence au village fut assez brève et, face à l'avance rapide des troupes alliées, le gradé et son ordonnance doivent s'enfuir, sans oublier d'emporter le superbe poste de radio.
Le lendemain matin, des militaires à bord d’un véhicule ressemblant fort à une jeep s'arrêtent et l'un des occupants demande, dans un français approximatif, si la maison est encore occupée par des allemands. Suite à la réponse négative, ils disparaissent.  Militaires allemands  ou reconnaissance effectuée par une avant-garde des forces alliées, nous ne le saurons jamais.

 
Conclusion
Sans conteste, la « Villa Lamartine » est l’un des plus beaux bâtiments du village de Grand-Leez.
Le couple Charles Severin-Amélie Philippart, descendant de vieilles familles de « censiers », l’a fait construire, il y a bientôt 150 ans.
Des propriétaires et occupants illustres ou moins, l’ont embellie, entretenue, et fait parvenir en bon état jusqu’à nous. Ils ont bien du mérite.
Il n’est pas facile d’adapter ce genre d’immeuble aux exigences du confort moderne. Les indispensables travaux d’isolation sont compliqués à mettre en œuvre sans dénaturer le bâtiment. Espérons que les pouvoirs publics participeront à cet effort, notamment, en classant la façade, qui présente des éléments de décor remarquables.
Nous reviendrons plus longuement sur Xavier Debouge, Georges Bengesco et Anna Parys, des occupants au destin hors du commun.
Décembre 2016

NB :
 
Les photos aux pages 16 & 17 ont été aimablement fournies par Nicole Raison, qui en a autorisé la reproduction et la publication.


Notes de l'auteur :

[1] Roland Raison, ancien directeur de la photo à la Télévision Belge est l’auteur de « L’eau d’ici coule » dans lequel,  il nous livre ses  souvenirs de la vie au quotidien à Grand-Leez.

[2] SEVERIN : Dès la 1ère moitié du XVIIIe s., les SEVERIN se succédèrent dans l’exploitation de la « Cense de la Converterie » importante exploitation agricole, située au Nord-Est du village sur le chemin de la gare.  
Appartenant primitivement aux moines d’Afflighem en Brabant, elle passa en 1175 à l’abbaye de Floreffe. Elle comprenait suivant un bail de 1787, 112 bonniers de terres labourables et 2 bonniers de prairies.
Le premier d’entre-eux Jacques Jh SEVERIN, censier, bourgeois de Namur (23.6.1724) était né à Balâtre 23.11.1681 † G-L veuf 5.3.1773 (92 ans !) avait épousé à Liernu 28.8.1710 déjà une PHILIPPART Marie Anne née à Liernu 8.9.1688, † G-L 14.10.1757, fille de Laurent et d’Elisabeth Delwiche, petite-fille de Gille, bourgmestre de St-Germain et de Jeanne Mitheguelle. (Famille SEVERIN par le père Arthur SEVERIN, nouvelle édition-1969).

[3] PHILIPPART : famille de gros censiers, qui exercèrent les fonctions d’échevin et de mayeur. Le premier venu se fixer à Grand-Leez est Maximilien François PHILIPPART probablement né à Liernu le 7 novembre 1684, fermier du Sieur Philippe de GILLON, époux de Marie Agnès DOUCET. Ils eurent 9 enfants baptisés à Grand-Leez, dont Maximilien Joseph, mayeur de Grand-Leez, né le 17 juin 1737 marié à Grand-Leez le 13 mai 1778 à Catherine HENRICOT, fille de Jean-François fermier de la cense du château à Petit-Leez.
Amélie est née à la « ferme Philippart » (105 ha) tenue par ses parents François Philippart et Victoire Debras, et appartenant aux enfants du comte Charles de Hemricourt de Grunne (Tarlier & Wauters : «  Histoire des communes belges » Province de Brabant Canton de Perwez, Corbais, Agriculture p. 82 -avril 1865-).

[4] Mascaron : vient de l’italien Mascharone, fait de l’arabe Mascara, bouffonnerie. C’est un ornement représentant généralement une figure humaine (souvent inspirée de  Bacchus ou Neptune) parfois effrayante ou grotesque dont la fonction était à l’origine d’éloigner les mauvais esprits. Elle a été utilisée en décoration pour animer la rigueur géométrique des façades. Ils sont souvent apposés sur la clé des arcs des fenêtres ou des portes et sur les linteaux. (Wikipedia).



Article paru dans le bulletin n°93 du cercle royal "Art & Histoire" de Gembloux en novembre 2017.

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