Les bus GERARD - GRAND-LEEZ

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Faits de vie


Vous connaissez certainement

la ligne 32 Namur-Gembloux
des bus TEC.

Mais vous souvenez-vous de son historique ?



Jean-Claude DUJARDIN nous le raconte dans ces quelques lignes.



La première ligne d'autobus

Avant la première guerre mondiale, les chemins de fer avaient le privilège du transport de voyageurs dans notre pays. La diligence tirée par des chevaux avait pratiquement disparu de nos régions. Après la guerre, le transport de marchandises par camions commence à se développer entre nos villages et la ville. Certains transporteurs équipent leurs camions de bancs, destinés à transporter des personnes lors de grandes manifestations (pèlerinages ou autres). Ce moyen de transport à l'initiative privée est à l'origine des premières lignes d'autobus.
  
À partir des années 1920, de nombreuses lignes rurales ont été créées par des particuliers. Il n'était pas nécessaire de posséder une autorisation pour exploiter un service de transport voyageurs par autobus. Les véhicules étaient inconfortables et sujets à beaucoup de pannes. Il y avait beaucoup d'accidents avec des véhicules qui n'étaient techniquement pas en ordre.

La Société nationale des Chemins de fer vicinaux exploita les premières lignes d'autobus à partir de 1925. Les premiers autobus furent construits avec une carrosserie en bois, montée sur un châssis Minerva Auto-Traction équipé d'un moteur à essence à 4 cylindres de 40 cv. Seules les roues arrière étaient freinées. Par la suite le châssis Minerva fut équipé de moteurs essence, plus puissants et les quatre roues étaient freinées. À partir de 1933, les premiers grands autobus à carrosserie métallique sont montés sur châssis Brossel équipés de moteurs à essence à 6 cylindres. Les portes sont à commandes pneumatiques, le conducteur est isolé du compartiment par une cloison. Par la suite, l'emploi du moteur Diesel commence à se généraliser et il devenait intéressant à cause du faible coût de ce carburant.  

De 1924 à 1932, une certification obligatoire a été instaurée pour les autobus[1]. Pour exploiter une nouvelle ligne d'autobus, l'exploitant est tenu de demander un permis[2]. Il doit faire la demande au Conseil provincial et si l'itinéraire emprunte le territoire des plusieurs communes, l'autorisation doit être demandée aux administrations communales concernées. La S.N.C.B. pouvait éventuellement émettre un avis négatif, si la ligne demandée est concurrentielle pour leurs services. Une fois le feu vert obtenu, les horaires et tarifs approuvés, l'exploitant peut commencer son service. Un numéro provincial est attribué à chaque autobus enregistré.


La ligne Gembloux - Namur

En 1932, une loi autorise le chemin de fer à l'établissement d'un service de transport par autobus. Les lignes privées furent à l'époque réparties entre la S.N.C.B. et la S.N.C.V. suivant qu'elles étaient parallèles à une ligne de chemin de fer ou une ligne vicinale. Les lignes qui n'entraient pas dans les critères énoncés restèrent indépendantes. Les concessions furent mises aux noms d'exploitants privés. Ces exploitants auparavant concessionnaires devinrent fermiers de la S.N.C.B., ils exploitèrent le service d'autobus pour le compte de la S.N.C.B. moyennant le paiement d'une redevance d'affermage. Ces lignes furent appelées 'lignes de complément'. Elles complétaient les lignes ferrées existantes en desservant l'un ou l'autre village éloigné des gares. Ces lignes étaient reprises dans l'indicateur officiel des trains sous les numéros 200 à 500. La ligne 'Namur - Gembloux' était reprise à l'indicateur officiel sous le numéro 431.

En 1932, une demande de dispense provisoire avait été introduite par M. Cobut de Tamines en vue de l'organisation d'un service permanent d'autobus entre Namur et Gembloux. En date du 20 avril 1932, M. le Ministre des Transports écrit au Gouverneur de la Province dans les termes ci-après :
  
"Ainsi que je vous l'ai dit, mes services ont dans l'obligation de prendre des mesures contre M. Cobut qui exploitait la ligne sans autorisation légale, d'autant plus que d'autres candidats avaient introduit une demande en autorisation avant lui.
Cette même raison ne me permet pas de délivrer à M. Cobut l'autorisation provisoire qu'il sollicite. Les exploitants qui ont posé leur candidature avant lui seraient en droit de demander la même faveur.

Des poursuites judiciaires seront intentées à charge de M. Cobut si celui-ci continue l'exploitation de son entreprise illicite.
Si malgré tout, M. Cobut continue à enfreindre les dispositions légales, il sera tenu compte, en sa défaveur, lors de l'appréciation des résultats de l'adjudication dont question plus haut, des procès-verbaux qui auront été dressés à sa charge."

Le Gouverneur insiste auprès de ses services pour que les formalités d'enquête relative à ce service soient poussées activement de façon que cette affaire reçoive une solution aussi rapidement que possible.
 
Le 14 août 1932, la ligne d'autobus 'Gembloux à Namur' voit le jour, elle est exploitée par Joseph GERARD, né à Hingeon le 27 avril 1890 et son épouse Maria LACROIX, née à Forville le 1er avril 1901.
 
Le premier autocar est un Citroën, n° de châssis 14071, n° d'immatriculation 53608. Celui-ci porte le numéro provincial 9. Ce véhicule est remisé pour la nuit à Gembloux au garage Renson. L'exploitant et sa famille avait élu domicile chez Fernand Mouillard à Gembloux. Par la suite, ils ont habité à Grand-Leez dans la ferme du "Blanc Ferry" au 39 rue Delvaux jusqu'au jour, peu avant 1940, où une maison, le numéro 110 de la route de Gembloux (aujourd'hui 17 rue Henri de Leez *) est à vendre. Ils décident de l'acheter et de l'aménager pour pouvoir y mettre à l'abri leur véhicule.

Joseph GERARD et Mimie avec le Minerva devant leur garage. (Ph MTUB)

En 1938, le Citroën est utilemement doublé par un Minerva, n° de châssis 43259, n° d'immatriculation 133726. Il porte le numéro provincial 17 et à une capacité de 21 places, plus le chauffeur et le receveur. Il sert aussi pour les excursions du week-end. Réquisitionné durant la guerre, il disparut lors du conflit.


[1] À cette époque, les autorisations sont faciles à obtenir et de nombreuses lignes sont mises en service par des exploitants privés.
[2] Loi du 15 septembre 1924, émane du Ministère de l'Agriculture et des Travaux Publics.

*  Notons que cette habitation a toujours été la propriété de la famille et l'est encore aujourd'hui, habitée par la fille aînée des SERON Isidore et GERARD Marie, Rita dont l'époux Daniel HACK est technicien-chauffeur ... aux TEC !!!

Brossel A50DA de 1938, devant les usines Brossel à Bruxelles

À l'aube du second conflit mondial, l'industrie de référence en matière de production de véhicules de transports en commun (autobus, autocars, autorails…) est la Société Anonyme Brossel Frères à Bruxelles. En 1938, Joseph Gérard se tourne donc vers ce constructeur pour l'achat d'un autobus. Il s'agit d'un Brossel de 40 places plus le chauffeur et le receveur, type A. 50 D.A. de type court, équipé d'un moteur 4 D 115 placé à l'avant[1], châssis n°814, n° d'immatriculation 401938. Il porte le numéro provincial 21. La disposition du moteur à l'avant de l'autobus 'conduite avancée' permet d'augmenter de 2 m² la capacité intérieure de la voiture, ce qui correspond à 12 voyageurs debout ou 4 voyageurs assis. Le siège du conducteur se trouve à côté du moteur au lieu d'être derrière celui-ci, comme dans une position classique. L'inconvénient à cette disposition, c'est la mauvaise accessibilité aux organes du moteur en cas d'avaries et le bruit généré par le moteur entendu assez fort dans la cabine du conducteur. Par contre, elle présente l'avantage d'une meilleure visibilité pour le conducteur.

Le châssis porteur surbaissé est carrossé par la firme Jonckheere de Roulers. Cet autobus entre en service le 16 septembre 1938. Le 14 mai 1940, la famille Gérard, des voisins et amis quittent la Belgique à bord de cet autobus et se réfugient à Vergnolle, à 30 km de Toulouse.

La famille de Joseph Gérard en France lors de l'évacuation . (Ph MTUB)

Rentré en Belgique après trois mois d'exode, le matériel reste immobilisé une partie de la guerre, l'autorisation d'exploiter à nouveau la ligne de Gembloux à Namur se fait attendre. En attendant, et ce jusqu'à la fin du conflit, il assure la ligne Gembloux - Bruxelles Quartier Léopold.

Bovesse - Passage à niveau près de la ferme aux Chiens en 1949. (Ph MTUB)

En 1949, fin tragique pour cet autobus[2], après s'être arrêté au passage à niveau près de la ferme aux Chiens à Bovesse, le garde barrière ouvre le passage, l'autobus s'engage, un train surgit à ce moment-là. L'arrière gauche du bus est arraché par le train, sans faire de victimes. La firme Latour de Namur mettra à la disposition de la société Gérard un bus avec chauffeur.

En novembre 1948, un nouveau Brossel entre en service. Il s'agit d'un A. 77 D.S.L. équipé d'un moteur 6 cylindres Leyland 0.600 de 9,8 litres de cylindrée avec une puissance maximale de 130 CV. Châssis n° 1266 carrossé par Jonckheere n° 5688. Celui-ci est capable d'une vitesse maximale entre 50 et 70 km/h.
 

 [1] Moteur 4 cylindres à essence maison type 4 D 115 de 6 litres 250 et 85 CV.
 [2] Date à rechercher.
 
 
Bus Gérard garé en face du dépôt route de Gembloux. (Coll. Ph Josis)

En 1955, la firme Brossel [1] livre un A. 98 D.A.R. [2] équipé d'un moteur Leyland 0.600, châssis 1892 carrossé par Jonckheere n°6918. Brossel livre aussi un A. 93 D.A.R.[3] équipé d'un moteur Leyland 0.600 de 9,8 litres de 140 CV, châssis n° 2143 carrossé par Jonckheere n° 7238. Ces véhicules étaient équipés de la boîte de vitesses Leyland pneumo-cyclique. Ce dispositif permit la suppression de la pédale d'embrayage et augmenter ainsi le confort de conduite. Numéro provincial 71-16.
   
 
[1] Brossel, Histoire d'une marque 1912-1969 - Hoffman Jean-Paul - 2016.
[2] D.A.R. : Tout à l'arrière.
[3] Brossel, Histoire d'une marque 1912-1969 - Hoffman Jean-Paul - 2016.

 
 
Autobus de la dernière génération 1954-1955

Durant les années 50, Mimie aidera régulièrement sa maman au poste de receveuse.

Le 6 septembre 1958, Joseph GERARD décède -à l'âge de 68 ans- et laisse son épouse Maria et sa fille Marie-Louise -dite Mimie de l'autobus- seules à la tête de l'exploitation qu'elles assumeront durant onze mois. Ce pseudonyme est aussi porté par les employés : rappelons-nous le chauffeur Gustave de l'autobus (Gustave BALZA de Sauvenière 1907-1982) et la receveuse Elise de l'autobus (Elise MARTIN, une soeur d'Achille, née en 1915), suivis aussi des Emile Lambeaux, Lucien Noël et Albert Simon, tous trois de Grand-Leez.

Le 1er août 1959, la société Cintra de Landen reprend deux autobus et les chauffeurs. Cette société exploita la ligne jusqu'au 31 décembre 1959. Le 1er janvier 1960, les bus rouges des Vicinaux ont remplacé dans le paysage de nos campagnes les bus verts de Grand-Leez.

Bus SNCV - 32 Namur-Gembloux devant la passerelle à la gare de Namur vers 1960  



Itinéraires de la ligne.
 
 
Au départ de la gare de Gembloux, l'autobus dessert les villages de Sauvenière ; Grand-Leez ; Meux ; Saint-Denis ; Rhisnes ; Saint-Servais et Namur.
  
Une fois quitté l'arrêt à Saint-Denis, l'autobus partait directement vers Rhisnes, sans passer ni par la gare de St-Denis ni par Bovesse, pour arriver à la Place du Fort à Rhisnes et de là, traverser le village pour rejoindre la Chaussée en direction de Namur.
  

Tracé de la ligne Gembloux-Namur en 1931

 
L'horaire valable entre le 1er juin et le 31 août 1934, indique un arrêt à Rhisnes Place du Fort et le terminus à Namur Place Léopold.
  
L'horaire valable à partir du 5 septembre 1935, indique un arrêt à Rhisnes Église, le terminus à Namur Station. Le dépôt des colis acheminés par l'autobus se faisait à l'Hôtel Terminus en face de la gare de Namur.

 
L'horaire valable entre le mois de mai et le 1er octobre 1938, indique un arrêt à Rhisnes Place du Fort, le terminus à Namur Place Léopold.

Horaire de la ligne 431 valable à partir du 4 octobre 1959.

Bus TEC de l'actuelle ligne 32 - Photo Thomas PECHEUX 2004

Bibliographie :
  
-  Brossel, Histoire d'une marque 1912-1969 - Hoffman Jean-Paul - 2016.
-  Congrès 1947, Section Transports tome 1, Centenaire de l'Association des Ingénieurs sortis de l'École de Liège. Edition A. I. Lg.
-  Revue Nos Vicinaux n° 94, Septembre-Octobre 1961.
-  Tram 2000 n°321, Janvier 2012, pages 44 à 46, Les autobus GERARD à Grand-Leez. MTUB.
-  Jean-Claude Dujardin - Archives personnelles.
-  Zone 01.
-  A. E. N. Fonds Hermann, boîte 181/1.

 
Jean-Claude Dujardin
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